Avant les stades et les tournées internationales, il y a Cansado. C’est dans cette cité minière de Nouadhibou, construite par la SNIM pour loger ses ouvriers, que grandit Brahim N’Dongo. Celui que la Mauritanie connaît aujourd’hui sous le nom de BRMX.

Un enfant de Cansado

Brahim naît le 27 juillet 1996. Sa famille appartient à la lignée pulaar Torodo, connue pour ses érudits religieux et ses marabouts. Très tôt, il reçoit une éducation coranique : il fréquente l’école coranique, apprend la récitation et la maîtrise du Coran. On le destine d’abord à une voie religieuse.

L’enfance se passe dans les rues de Cansado. Après les cours, il s’occupe du bétail de son père et fait le tour des maisons pour récupérer les restes des repas. Un petit berger urbain. Brillant à l’école coranique comme à l’école française, il se découvre aussi une passion pour le football, au point de devenir l’un des meilleurs joueurs de sa région. Une passion qui finit par l’éloigner des études, jusqu’à ce qu’on lui interdise les terrains pour qu’il se recentre.

Les débuts, et une rencontre décisive

En 2012, il commence la musique au sein du groupe BDL Crew, aux côtés de Doul et Lass. À l’époque, son nom de scène est BRMS. Le collectif sort l’EP Harre Hadde Succès, produit par Aimelody Records.

C’est là qu’il croise Jah Mil, producteur canado-mauritanien revenu au pays pour pousser les jeunes talents. La rencontre change tout. Jah Mil le fait travailler sur sa voix, son écriture, sa culture générale.

Le chemin n’est pas simple pour autant. Sa famille, attachée aux traditions religieuses, voit d’un mauvais œil cette carrière dans le rap. Le convaincre prend du temps. En 2018, il remporte le prix Découverte du Festival Assalamalekum. C’est sa première vraie reconnaissance à l’échelle nationale.

De BRMS à BRMX

2019 marque le lancement de sa carrière solo avec l’EP Sigorigo. Suivent la mixtape Laisse Parler Le Talent (2020), quinze titres en solo sans aucun featuring, puis le pré-album 10menxion en 2022. Vingt-trois titres, une vraie stratégie de communication, un vernissage qui expose ses punchlines comme des œuvres, un panel sur la place de la musique dans l’identité mauritanienne. Le projet lui vaut le trophée de la Meilleure Mixtape aux Grammys Koode Hip-Hop et fédère une communauté qu’il surnomme les Jarabiyankoobe.

C’est aussi le moment où il change de nom. BRMS devient BRMX. Le « S » remplacé par le « X » : une nouvelle identité, et l’envie d’être un meneur dans son domaine.

La bascule

En août 2023, il signe avec le label Boosoya Music et sort dans la foulée l’EP Transition. Puis vient Jololel, en octobre 2024 : son premier album studio, distribué en exclusivité via une application mobile, une première en Mauritanie. Le concert de lancement à l’Institut français affiche complet. Face à l’engouement, il organise un mois plus tard un concert au Stade olympique de Nouakchott, et devient le premier artiste mauritanien à produire son propre spectacle dans cette enceinte.

En 2025, il passe les frontières : le CICES de Dakar, puis la tournée African Culture Festival, à Bruxelles et à Paris. En 2026 arrive Martaba, son deuxième album, accompagné d’une tournée sur trois continents.

De Cansado aux scènes d’Europe et d’Amérique du Nord, le parcours tient en une idée. Un gamin qu’on destinait à une voie toute tracée, et qui a fini par tracer la sienne.